top of page

Au fjord de l'Éternité, la moquette de printemps file jusqu'à la mer

27 sept.
6 min de lecture

L'annexe touche le rivage un peu avant huit heures. On saute sur des galets encore gris de gel, on sort les skis pendant qu'un équipier tient l'amarre, et déjà on regarde vers le haut : une pente qui monte droit depuis l'eau, une arête effilée qui accroche la première lumière, et tout en bas, le chalutier au mouillage, qui va rapetisser à chaque lacet. On chausse les peaux. Il fait froid, la neige crisse encore. Dans deux heures elle aura commencé à travailler au soleil. C'est un matin d'avril au fjord de l'Éternité, et c'est exactement pour ces matins-là qu'on vient à cette latitude.


La question du meilleur moment revient toujours avant le départ. Ici, sur la côte ouest du Groenland, autour de Maniitsoq, elle se règle sur la mer autant que sur la neige : il faut que le fjord se laisse remonter et que le manteau tienne encore là-haut. Ces deux-là se recoupent en avril et en mai, avec en prime un jour qui s'allonge de semaine en semaine.


Avril-mai, une fenêtre de quelques semaines


L'office de tourisme officiel du Groenland le dit clairement : la saison de ski de randonnée court de février à mai, avec les meilleures conditions de la mi-mars à la mi-mai. C'est la seule fourchette qu'on puisse citer honnêtement, et c'est là-dedans que tombent nos dates : avril et mai.


Pourquoi si tard, quand on chausse ailleurs dès décembre ? Parce que la neige, à elle seule, ne suffit pas sur cette côte. Au cœur de l'hiver, le jour est court et le fjord fermé. Le printemps remet tout en ordre de marche : un manteau d'hiver tassé et stabilisé, la lumière revenue, l'eau libre jusqu'au pied des faces. En juin, la neige s'est déjà retirée vers les glaciers. Restent quelques semaines, et c'est là que le ski de randonnée au Groenland prend toute sa dimension.


quatre skieurs en file montent en peaux sur une croupe au-dessus du fjord, le premier en veste rouge, trace en lacets fraîche au premier plan, massif enneigé et eau miroir en face
Une trace neuve en lacets au-dessus du fjord, le massif d'en face posé sur l'eau.


Ce que le printemps fait à la neige


Le manteau d'hiver, en avril, a fini de se mettre en place. Le froid l'a tassé, les vents l'ont retravaillé, et le soleil qui remonte chaque jour un peu plus haut commence à le transformer. On appelle ça la neige de printemps : elle durcit la nuit, ramollit dans la matinée, et offre pendant quelques heures ce grain régulier sur lequel les skis coupent net.


Ça change la façon de skier. On part tôt, sur une neige encore ferme qui porte bien les peaux à la montée. On enchaîne les expositions dans le bon ordre, pour prendre chaque face au bon moment, quand elle vient juste de se réchauffer sans trop ramollir. Les descentes filent alors sur une moquette régulière, du sommet jusqu'à la mer. Cette neige-là se lit à l'heure près : bien prise au départ, à point vers dix heures, et quelques heures de virages impeccables derrière.


Les faces nord, elles, gardent leur neige froide plus longtemps — les matins d'avril réservent encore de belles gerbes. Reste que ces grandes faces ouvertes qui plongent vers le fjord demandent qu'on jauge la plaque à vent, qu'on choisisse sa ligne et son horaire. Nos professionnels de la montagne passent leurs matinées à ça : lire le manteau, tester, décider. La sécurité se gère en continu, avec du métier et le bon matériel.


skieur en veste sombre lançant une longue gerbe de poudreuse sur une pente épurée, longue ombre bleue en diagonale
Au petit matin, la neige d'hiver est encore froide sous les skis.


La lumière qui n'en finit plus


Maniitsoq se trouve juste au sud du cercle polaire arctique. Assez au nord pour que le printemps allonge le jour à vue d'œil : chaque semaine qui passe grignote la nuit, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un long crépuscule doré qui traîne sur les crêtes. Le soleil finit par se coucher — nous ne sommes pas encore au soleil de minuit — mais il tarde à le faire, et il revient vite.


Les journées de ski ne courent jamais après l'horloge, et les soirées s'étirent. On rentre au bateau, on enlève les chaussures, et dehors la lumière tient encore — longue, rasante, elle allume les aiguilles de granit en orange pendant qu'on cherche la trace du jour depuis le pont. On a rarement autant envie de rester dehors.


lumière rasante dorée sur un cirque d'aiguilles de granit, plateau glaciaire modelé par le vent, la lune haute dans un ciel bleu profond
Le vent a sculpté le plateau glaciaire ; la lune est déjà là et le soleil traîne encore.


C'est la mer qui commande


Au fjord de l'Éternité, on ne skie pas depuis une station ni depuis un refuge. On skie depuis un bateau. Notre chalutier remonte le fjord, jette l'ancre au pied d'une face, et l'annexe nous dépose à terre au matin. Pendant la nuit, il change de baie — nouvelle vallée, trace neuve chaque jour.


Ce qui veut dire que la fenêtre de ski, ici, est aussi une fenêtre de navigation : trop tôt, le fjord n'est pas praticable. Le printemps l'ouvre.


Le fjord porte un nom groenlandais, Kangerlussuatsiaq ; la côte tout autour est une terre inuite, habitée depuis des millénaires. Des villages ponctuent la côte, et il arrive qu'on y fasse escale. On y passe en visiteurs, avec le respect qu'on doit à des gens chez eux — pas comme devant un décor. C'est aussi ce que codifient les lignes directrices des croisières d'expédition en Arctique, pour la faune, la glace et les communautés de la côte.


rideau de sommets enneigés aux arêtes acérées photographié depuis l'eau, le tiers inférieur du cadre occupé par l'océan bleu foncé
La côte vue du pont : les faces commencent là où le fjord s'arrête.


Les croupes, les faces, les lignes qui filent jusqu'à la mer


Les sommets culminent vers 1 400 m ; on compte 800 à 1 300 m de dénivelé par jour. On monte en peaux depuis le rivage, on gagne une croupe ou une épaule, et on bascule sur une descente qui file jusqu'à la mer, au plus près des glaciers.


C'est cette continuité qui fait le sel du fjord de l'Éternité : rares sont les endroits où l'on chausse à quelques mètres de la mer pour venir y déchausser en fin de descente. Croupes larges, grandes faces ouvertes, langues glaciaires qui viennent lécher le fjord : le terrain déroule du haut jusqu'en bas, et il n'y a pas une remontée mécanique sur cette côte. On a raconté ailleurs à quoi ressemble une semaine à bord, du pont au sommet ; ici, c'est le bateau qui se déplace pendant qu'on dort.


vue depuis une croupe, une trace de montée en lacets descend le vallon jusqu'à un fjord bleu marine encaissé entre deux parois, cirque de pics et langues glaciaires autour
Du haut de la croupe, la trace du matin redescend droit sur le fjord.


Pour qui c'est fait


Il faut un bon niveau de ski hors-piste : savoir descendre dans toutes les neiges, sur des faces engagées, hors de tout balisage. Et la condition physique pour enchaîner 800 à 1 300 m de montée par jour, six jours durant. Pour situer votre niveau, on a écrit un article entier sur le niveau qu'il faut pour un voyage de ski aventure.


Chaque journée se cale sur la neige, la météo et le groupe. Nous sommes douze skieurs au maximum, en deux groupes de six, encadrés par trois professionnels de la montagne. Le pack de sécurité est fourni, sac airbag ABS® inclus, avec le DVA, la pelle et la sonde.


Le cadre de la semaine


Le voyage dure huit jours pour six jours de ski, avec sept nuits à bord en cabine double et pension complète. Rendez-vous à Copenhague, embarquement à Maniitsoq, puis navigation vers le fjord. Le reste — la vie à bord, le mouillage, la table du soir — on l'a raconté dans notre récit du chalutier au fjord de l'Éternité. Et si vous hésitez entre destinations, quand partir skier dans le Grand Nord, mois par mois remet le Groenland dans le calendrier.


En bref


  • Destination · fjord de l'Éternité (Kangerlussuatsiaq), Maniitsoq, côte ouest du Groenland

  • Période · avril et mai, dates sur demande

  • Format · 8 jours / 6 jours de ski, 7 nuits à bord en cabine double, pension complète

  • Terrain · sommets à environ 1 400 m d'altitude, 800 à 1 300 m de dénivelé par jour, descentes jusqu'à la mer

  • Encadrement · 12 passagers au maximum, en deux groupes de six, trois professionnels de la montagne

  • Niveau · un bon niveau de ski hors-piste, et la condition pour la montée en peaux quotidienne

  • Tarif · 8 500 € par personne, hors aérien


Questions fréquentes


À quelle période skie-t-on au fjord de l'Éternité ?


En avril et mai. C'est le moment où la neige d'hiver est stabilisée et transformée, où le jour s'est rallongé, et où le fjord est enfin navigable. L'office de tourisme du Groenland situe les meilleures conditions de ski de randonnée entre la mi-mars et la mi-mai.


Combien de jours de ski ?


Six jours de ski de randonnée sur un voyage de huit jours, avec sept nuits à bord.


Quel niveau de ski pour ce voyage ?


Un bon niveau de ski hors-piste et la condition physique pour enchaîner 800 à 1 300 m de montée par jour. C'est un voyage pour skieurs déjà à l'aise en dehors des pistes.


Que comprend le prix ?


Le tarif par personne couvre les nuits à bord en cabine double, la pension complète, l'encadrement par nos professionnels de la montagne et le pack de sécurité, sac airbag ABS® inclus. L'aérien reste à votre charge.


Avril et mai passent vite sur cette côte. Si le fjord de l'Éternité vous appelle, parlons de vos dates — la page du voyage ski & voile au Groenland rassemble l'essentiel.

 
 
 

Commentaires


logo-powderwego-blanc
logo-arva-blanc
logo-mdv-blanc
logo-aero-en-blanc-et-rouge
logo-prodbox-shows
bottom of page