Ski-voile : une semaine à bord, du pont au sommet
- Boris Malesset

- 9 juil.
- 7 min de lecture
Le ski-voile tient en une idée simple. Un voilier sert de camp de base flottant : on dort à bord, on met les voiles vers des fjords sans trace, on chausse les peaux depuis le rivage et l'on redescend jusqu'à toucher la mer. PowderWeGo le pratique sur quatre terrains — le Svalbard et le Groenland dans le Grand Nord, l'Antarctique tout au sud, et Lyngen en Norvège. Voici comment se passe vraiment une semaine, du réveil sur le pont à la dernière trace.
Le bateau, un camp de base qui bouge

Sur un séjour classique, on dort à l'hôtel et l'on remonte chaque matin vers le même massif. En ski et voile, c'est l'hébergement qui se déplace. Le bateau est à la fois le lit, la salle à manger, la remontée mécanique et le moyen d'aller là où aucune route ne mène. La nuit, pendant qu'on dort, il rallie le mouillage suivant ; au réveil, une nouvelle vallée s'ouvre par le hublot, souvent sans une trace autre que celle des rennes ou des oiseaux.
C'est ce qui change tout par rapport à un lodge à terre. On n'est pas prisonnier d'un domaine : si la neige a mieux tenu de l'autre côté du fjord, on lève l'ancre et on y va. Le terrain se choisit le matin même, en fonction de ce que le vent a déposé et de ce que la mer permet d'atteindre. Un voilier passe là où un 4×4 s'arrête — au pied de faces qui plongent droit dans l'eau, sur des côtes qu'on ne rejoint que par bateau.

Une journée, du réveil à la dernière trace
Six heures et demie. Le café fume dans le carré, et déjà quelqu'un a sorti le téléphone satellite pour relever la météo et le bulletin d'avalanche du secteur. On lit le manteau neigeux à voix haute — ce qui est tombé, ce que le vent a travaillé, l'orientation des pentes qu'on peut viser aujourd'hui. Le mouillage a été choisi la veille au soir, mais rien n'est figé : si le ciel a tourné dans la nuit, on change de plan avant même d'avoir chaussé.
L'annexe, ou le zodiac, fait la navette jusqu'au rivage. Skis à l'épaule, on saute sur une grève de galets ou un replat de neige, et la montée commence là où l'écume s'arrête. On part en peaux, au rythme du groupe, conversions dans les pentes soutenues, une pause pour boire et relire le terrain à mesure qu'on gagne de la hauteur. Le pro qui encadre creuse un profil quand le doute s'installe ; certains jours, on renonce à la ligne prévue et l'on en prend une autre, plus sage. C'est le métier qui parle, pas l'envie de cocher un sommet.
Puis vient la descente. Depuis le sommet, on bascule sur des faces qui filent du sommet jusqu'à la mer — de longues courbes dans la poudreuse froide, ou de la neige transformée bien reprise selon l'heure et l'exposition, jusqu'à ce que les skis touchent presque l'eau. En bas, le zodiac attend. On rembarque, on se réchauffe, et le bateau relève l'ancre vers le mouillage du soir pendant qu'on refait la journée autour d'un thé. La météo garde toujours le dernier mot sur l'endroit où l'on jettera l'ancre.
La vie à bord, entre deux montées

Le soir, au mouillage, le voilier redevient un refuge. Les cabines sont simples et chaudes, en général deux à quatre couchages, avec le ronronnement du chauffage et le clapot contre la coque pour berceuse. On sèche les peaux et les gants près du poêle, on étale la carte marine sur la table du carré pour deviner la ligne du lendemain, et l'équipage — skipper, second, parfois un cuisinier — raconte la mer pendant que le pro raconte la montagne.
On mange bien, à bord, souvent mieux qu'on ne l'imagine : du poisson pêché le jour même, du fait-maison, du chaud après l'effort. Ce qui fait le prix de ces semaines, c'est le petit nombre. Huit à douze passagers, jamais davantage — un groupe assez restreint pour que chacun ait sa place à table et sur la pente, et pour que le programme s'ajuste à ce que veut vraiment le groupe. On embarque souvent seul ou à deux et l'on débarque avec des amis, parce qu'on a partagé une semaine hors du monde, sans réseau, sans autre horaire que celui de la neige et des marées.

À qui ça s'adresse, et le niveau qu'il faut
Le ski-voile n'est pas une croisière où l'on skie un peu. C'est un voyage de ski aventure exigeant, qui demande un skieur autonome et à l'aise en hors-piste. Concrètement : savoir monter en peaux plusieurs heures d'affilée, gérer sa fatigue sur cinq à sept jours de ski, et descendre proprement des faces sérieuses par toutes neiges — poudreuse, croûte, transformée. Pas besoin d'être un spécialiste de la pente raide ; il faut être un bon skieur hors-piste, endurant et régulier. Pour situer honnêtement votre niveau, on a écrit un guide entier à ce sujet : quel niveau il faut pour un voyage de ski aventure.
La sécurité se gère par les gestes, pas par les promesses. Chacun porte DVA, pelle et sonde, souvent un sac airbag ; on fait le point sur le manteau neigeux chaque matin, et l'on garde le bon sens de renoncer quand la neige ne tient pas. Personne ne vous vendra un risque nul en haute montagne arctique — ce serait mentir. Le groupe est encadré par un pro de la montagne : moniteur de ski diplômé spécialisé hors-piste, ou guide de haute montagne UIAGM/IFMGA selon le terrain, qui lit la neige et la mer et décide du programme au jour le jour, indicatif par nature.
Où l'on navigue : du Svalbard à Lyngen
Quatre terrains, quatre ambiances. Le ski-voile au Spitzberg (Svalbard) est le plus arctique : soleil qui ne se couche plus, banquise, faces qui tombent dans une mer prise par les glaces, et la règle de l'ours polaire qui cadre chaque sortie à terre. C'est notre porte d'entrée dans la discipline — tout est dans l'expédition ski & voile au Svalbard. Pour comprendre le cadre polaire, l'AECO, l'association des opérateurs d'expédition en Arctique, fait référence.
Le ski-voile au Groenland se joue plus loin encore, sur des fjords où le glacier vêle à quelques encablures du mouillage : on skie du sommet à l'écume au milieu des glaces dérivantes — à lire dans notre récit de l'expédition ski & voile au Fjord de l'Éternité. Tout au sud, l'expédition à ski en Antarctique chausse les peaux sur un continent que seule la mer permet d'atteindre, sous le regard de l'IAATO. Et pour un premier pas dans le ski et voile en Norvège, plus accessible, Lyngen aligne ses sommets face aux fjords — un voyage de ski aventure où le camp de base flottant reste à portée des Alpes ; la neige norvégienne se suit sur Varsom, le service d'alerte officiel.
Ski-voile, lodge ou hélico : choisir son accès
Trois façons d'atteindre la neige vierge, trois logiques. Aucune n'est meilleure — tout dépend de ce que l'on cherche.
Ski-voile · Camp de base flottant qui change de vallée chaque nuit ; on atteint des côtes sans route, on skie de la mer au sommet et retour ; petit groupe, vie à bord, autonomie et effort en peaux ; l'accès dépend de la mer et de la météo.
Lodge à terre · Confort d'un vrai toit et d'une base fixe ; on rayonne autour d'un massif accessible par la route ou en peaux ; idéal pour un groupe qui veut le hors-piste sans la contrainte du bateau ; le terrain accessible est plus circonscrit.
Héliski et dépose · L'hélicoptère porte au sommet, on descend dans le vierge sans monter en peaux ; le plus grand dénivelé skié par jour, le moins d'effort à la montée ; dépend du plafond et du vent, et c'est l'accès le plus onéreux.
En bref
Type de voyage · Ski aventure ; ski de randonnée et freerando depuis un voilier (ski-voile).
Hébergement · À bord, en cabines de 2 à 4 couchages ; le bateau est le camp de base.
Niveau · Skieur autonome, bon en hors-piste, endurant sur 5 à 7 jours de ski.
Saison · Fin d'hiver et printemps polaire arctique (mars à mai) ; l'Antarctique se skie en été austral (novembre-décembre).
Groupes · 8 à 12 passagers, jamais davantage.
Encadrement · Un pro de la montagne (moniteur diplômé spécialisé hors-piste ou guide UIAGM/IFMGA) + l'équipage du bateau.
Destinations PowderWeGo · Svalbard, Groenland, Antarctique, Lyngen.
Questions fréquentes
Faut-il avoir le pied marin ?
Un peu de tolérance à la mer aide, surtout sur les traversées exposées. La plupart des navigations se font au mouillage ou dans des fjords abrités, où la mer reste calme. Un traitement contre le mal de mer dans la trousse règle l'essentiel, et le corps s'habitue en un jour ou deux.
Quel niveau de ski faut-il pour le ski-voile ?
Un bon niveau hors-piste et de l'autonomie. Il faut monter en peaux plusieurs heures, tenir cinq à sept jours de ski et descendre à l'aise des faces sérieuses par toutes neiges. Ce n'est pas un voyage pour débuter le hors-piste, mais nul besoin d'être un spécialiste de la pente raide.
Quand partir en ski et voile ?
Selon la destination, de mars à mai. Les jours rallongent, le froid tient encore la neige, et la banquise n'a pas refermé les côtes — c'est la fenêtre où l'on peut à la fois naviguer et skier. Le Svalbard et le Groenland se skient au printemps polaire ; Lyngen dès la fin de l'hiver. L'Antarctique fait exception : à l'autre bout du monde, on y skie en été austral, en novembre-décembre.
Combien de skieurs à bord ?
Entre huit et douze selon le bateau, jamais plus. Ce petit nombre est le cœur du ski-voile : assez pour partager, assez peu pour que le programme s'adapte au groupe et que chacun trouve sa place à table comme sur la pente.
Le mot du fondateur. Je skie hors-piste depuis 2001, et la première fois que j'ai chaussé mes skis en sautant d'un zodiac, j'ai compris que je ne reviendrais pas en arrière. On se couche avec le bruit de la coque, on se réveille au pied d'une face que personne n'a skiée, et le soir on refait la journée à table pendant que le bateau nous emmène ailleurs. Ce n'est pas un exploit que je cherche à offrir — c'est quelques jours passés à la juste vitesse de la montagne et de la mer. — Boris, fondateur de PowderWeGo
Ce camp de base flottant, on le pose d'abord au Svalbard : dates, programme et cabines se construisent avec vous sur la page de l'expédition ski & voile au Svalbard. Une envie, une question, un doute sur le niveau ? Parlons de votre voyage — on vous répond en connaissance de cause.



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