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Skier l'Antarctique : le voyage à ski le plus lointain, atteint par la mer

Deux jours de houle dans le passage de Drake, la vaisselle qui glisse sur la table du carré, l'estomac qui apprend à composer. Puis, un matin, le vent tombe. La proue du voilier fend une mer d'huile, des sommets blancs sortent de la brume, et l'on comprend qu'on est arrivés : la péninsule Antarctique, le dernier continent. Le zodiac vous pose sur un rivage de neige, on colle les peaux, et la première montée mène à une pente que personne n'a jamais tracée — qui redescend droit vers la banquise. Une expédition de ski en Antarctique, c'est ça : le voyage à ski le plus lointain qui soit, atteint par la mer, sous une lumière australe qui ne se couche presque jamais.


Je fais ce métier depuis 2001, et je vais vous dire franchement ce qu'est ce voyage, comment on l'atteint, ce qu'on y skie, et pour qui il est fait. Quinze jours de voyage, dix jours de ski, un voilier pour camp de base. Le mot « expédition » n'est pas galvaudé ici — c'en est une vraie.


Le continent blanc : skier là où presque personne ne va


On skie beaucoup d'endroits sauvages sur cette planète. L'Antarctique n'en est pas un de plus — c'est une catégorie à part. La péninsule qui pointe vers le cap Horn est la portion la plus accessible du continent, et « accessible » veut dire deux jours de mer ouverte pour y parvenir. Une fois là, le terrain est vierge au sens le plus littéral du mot : des sommets entre 500 et 1 500 mètres, des glaciers qui tombent dans l'océan, des pentes que personne n'a jamais descendues.


Péninsule Antarctique : une première courbe qui file vers la mer, et pas une autre cordée sur toute la côte.


Ce qui frappe, c'est l'échelle et le silence. On monte en peaux sur une croupe, et il n'y a rien : ni remontée, ni trace, ni cabane, ni un autre humain à des dizaines de milles. En bas, l'eau noire charrie des glaçons bleus détachés d'un glacier. Un manchot Adélie vous regarde passer sans bouger. Une baleine à bosse souffle au large, parfois une bande d'orques longe la côte. Les descentes, elles, filent souvent jusqu'à la mer — on pose ses courbes dans une pente vierge et l'on s'arrête au bord de l'eau, là où le zodiac vient vous reprendre. C'est le genre de ski en Antarctique qui ne ressemble à aucun autre, parce que nulle part ailleurs on ne skie d'un sommet jusqu'à l'océan Austral.


Y aller par la mer : le passage de Drake, le voilier comme base


Il n'y a pas de vol direct pour aller poser ses skis sur la péninsule. On y va par la mer, comme les explorateurs, et c'est une partie du voyage à part entière.


Le départ se fait de Punta Arenas, tout au sud du Chili. On embarque sur le JRR Tolkien, un voilier d'expédition néerlandais construit en 1964 et gréé pour les mers polaires — coque solide, chauffage, un carré où l'on se retrouve le soir. Le navire descend vers le cap Horn, ce bout du monde où deux océans se rencontrent, puis s'engage dans le passage de Drake : environ 800 kilomètres d'océan austral, réputé pour sa houle, à franchir en deux jours. C'est le péage du continent blanc, et il se paie en heures de roulis. Après quoi la mer se calme, la première terre apparaît, et le voilier devient votre camp de base flottant.


À partir de là, le rythme s'installe. Le navire cabote le long de la péninsule pendant une dizaine de jours, mouillant chaque jour dans une nouvelle baie. Le matin, le zodiac vous dépose à terre au pied d'une pente ; le soir, il vous ramène à bord, où l'on dîne et l'on dort au chaud pendant que le bateau glisse vers le mouillage suivant. On ne défait ses affaires qu'une fois. Le retour, lui, se fait par les airs : un vol depuis l'île du Roi-George, tout au nord de la péninsule, ramène vers Punta Arenas sans repasser par le Drake. Cette manière d'atteindre la neige par le pont d'un voilier, on la pratique aussi plus au nord — notre séjour de ski-voile au Svalbard à bord du Noorderlicht repose sur le même principe de camp de base flottant, dans l'Arctique cette fois.


Skier l'Antarctique : ce qu'on skie, concrètement


Passons au concret, parce que c'est là que les images d'Épinal s'effondrent. On ne saute pas d'un hélicoptère sur une paroi de glace. Ce qu'on pratique ici, c'est du ski de randonnée de montagne, à l'ancienne : peaux sous les skis pour monter, courbes posées pour redescendre.


Une descente vierge qui s'arrête au bord de l'océan Austral — la signature du ski sur la péninsule.


Une journée type : le zodiac vous dépose à terre, on colle les peaux, et l'on monte. Les dénivelés vont de 600 à 1 000 mètres selon la neige et la météo du jour, sur des pentes qui restent raisonnables — de l'ordre de 35 degrés, pas de la pente raide extrême. On convertit à chaque demi-tour, on lit le manteau neigeux au fur et à mesure, et une fois en haut on bascule vers l'océan. La neige varie : poudreuse froide et sèche par grand froid, plus travaillée quand le soleil a tapé. Le groupe est petit — au maximum dix-huit skieurs par départ, répartis en quatre groupes de quatre à cinq, chacun mené par son propre pro de la montagne, soit quatre à cinq guides pour l'ensemble. En terrain glaciaire de haute latitude, cet encadrant est un guide de haute montagne (UIAGM/IFMGA), l'autorité métier pour lire un glacier et un manteau neigeux.


La sécurité n'est pas un mot qu'on prononce, c'est un matériel qu'on porte. Le nécessaire d'avalanche est fourni : sac airbag ABS, DVA, sonde et pelle pour chacun. On lit les conditions chaque jour, on choisit le versant en fonction, et certains jours on renonce — c'est l'Antarctique, pas un parc à thème. Si vous voulez situer l'effort et la technique demandés, notre article sur le niveau qu'il faut vraiment pour un voyage de ski aventure donne des repères clairs.


La fenêtre australe : une lumière sans fin


Il faut se retourner l'esprit pour comprendre le calendrier. Quand l'hiver s'installe dans les Alpes, l'été règne au sud du globe — et c'est en plein été austral que l'on va skier l'Antarctique.


L'avantage tient en un mot : la lumière. À ces latitudes, en été austral, le jour dure plus de vingt heures. Le soleil frôle l'horizon, tourne autour de vous, et n'en finit pas de se coucher. On ski dans une clarté continue, on rentre au bateau à des heures qui n'ont plus de sens, et la journée s'étire aussi longtemps que les jambes suivent. C'est cette fenêtre-là, l'été de l'hémisphère sud, qui ouvre le continent au ski : la banquise a reculé, les baies sont navigables, et la neige tient encore sur les sommets. Concrètement, les départs se placent en novembre et décembre, au cœur de cet été austral, quand la lumière ne s'éteint plus. Pour le détail des dates de chaque départ, je vous renvoie à la fiche complète de l'expédition de ski en Antarctique.


Pour qui : le niveau et l'esprit d'expédition


Autant le dire net : ce voyage n'est pas pour tout le monde, et c'est très bien ainsi. Il demande trois choses, et les trois comptent.


Le ski, d'abord. Il faut être un bon skieur hors-piste, à l'aise pour descendre une pente vierge de 35 degrés dans une neige variable, sac au dos, sans piste ni filet nulle part. La condition physique, ensuite : monter 600 à 1 000 mètres en peaux, plusieurs jours d'affilée, réclame de l'endurance. L'esprit d'expédition, enfin — et c'est peut-être le plus déterminant. Il faut accepter la mer et ses deux jours de Drake, la météo qui commande le programme, l'idée qu'un jour sans ski est un jour normal en Antarctique, et le confort mesuré d'un voilier plutôt que d'un hôtel. Le programme est indicatif, toujours suspendu à la neige et au vent.


Pour le cadre : quinze jours de voyage dont une dizaine de ski, des groupes de quatre à cinq skieurs autour de leur guide, et un encadrement à raison d'un pro pour quatre ou cinq. Sur le budget d'une expédition de cette ampleur — la plus lointaine de notre catalogue — notre article sur ce que coûte un voyage de ski aventure explique ce qui fait le prix ; pour l'Antarctique précisément, le tarif se donne sur demande, chaque départ se montant sur mesure.


En bref : l'expédition en six repères


  • Durée · 15 jours de voyage, dont 10 jours de ski.

  • Accès · par la mer, à bord du voilier JRR Tolkien : Punta Arenas, cap Horn, passage de Drake ; retour en avion depuis l'île du Roi-George.

  • Terrain · péninsule Antarctique, sommets de 500 à 1 500 m, dénivelés de 600 à 1 000 m en ski de randonnée, pentes vierges jusqu'à la mer.

  • Groupes / encadrement · 18 skieurs maximum par départ, en groupes de 4 à 5 ; 4 à 5 guides de haute montagne, un pour 4 à 5 skieurs.

  • Saison · été austral, en novembre-décembre, quand le jour dure plus de 20 heures (dates exactes sur la page du voyage).

  • Faune · manchots, baleines à bosse, orques, croisés depuis le pont ou la pente.


Questions fréquentes


Comment rejoint-on l'Antarctique pour skier ?


Par la mer. On embarque à Punta Arenas, au sud du Chili, sur le voilier d'expédition JRR Tolkien, on passe le cap Horn puis le passage de Drake — environ 800 kilomètres d'océan austral, deux jours de mer — pour atteindre la péninsule Antarctique. Le voilier sert ensuite de camp de base flottant pendant une dizaine de jours, le zodiac vous déposant chaque matin au pied des pentes. Le retour se fait par avion depuis l'île du Roi-George, sans repasser par le Drake.


Quel niveau faut-il pour skier l'Antarctique ?


Un bon niveau de skieur hors-piste, et une vraie endurance. Il faut savoir descendre en confiance une pente vierge de l'ordre de 35 degrés, dans une neige changeante, sac au dos et sans piste balisée, et enchaîner des montées de 600 à 1 000 mètres en peaux plusieurs jours de suite. À cela s'ajoute l'esprit d'expédition : accepter la mer, la météo qui décide, et le confort mesuré d'un voilier. Ce n'est pas un premier voyage de ski de randonnée.


Quand part-on skier en Antarctique ?


Les départs se placent en novembre et décembre, au cœur de l'été austral, l'été de l'hémisphère sud, quand la banquise a reculé et que le jour dure plus de vingt heures. C'est la seule fenêtre où la péninsule est à la fois navigable et skiable. Les dates précises de chaque départ figurent sur la page du voyage.


Une expédition, au sens propre ?


Oui, au sens propre du terme. On traverse un océan réputé pour l'atteindre, on vit à bord d'un voilier, la météo commande le programme et un jour sans ski fait partie du jeu. On y skie un continent que presque personne ne skie, du sommet jusqu'à l'océan. Le mot « expédition » se mérite ici — il n'est pas décoratif.



Le mot du fondateur


L'Antarctique, on ne le coche pas sur une liste — on y va parce qu'on veut vraiment savoir ce que c'est de skier au bout du monde. Ce que j'en retiens, c'est le silence après la houle : ce matin où le Drake se calme, où les sommets sortent de la brume, et où l'on colle les peaux sur une neige que personne n'a jamais foulée. Il faut des jambes, un bon niveau et l'esprit qui va avec. À ceux-là, ce voyage donne quelque chose que nul autre ne donne. Dites-nous où vous en êtes, et on vous dira honnêtement si c'est le moment.


Boris Malesset, fondateur de PowderWeGo, pro du ski hors-piste depuis 2001.


Prêt à mettre le cap sur le continent blanc ? Découvrez l'expédition de ski en Antarctique, parcourez tous nos voyages de ski aventure ou parlez-nous de votre projet — on vous répond en vrai skieur, pas en brochure.

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