Ski-voile au Spitzberg : skier l'Arctique à la voile, dans l'archipel du Svalbard
- Boris Malesset

- 1 juil.
- 9 min de lecture


Le ski-voile au Spitzberg se joue à l'extrême nord, par 78° de latitude, dans l'archipel du Svalbard — la plus grande terre habitée au seuil du pôle. Pas de route, pas de remontée, pas de village au pied des pentes : le camp de base est un bateau. Une goélette d'acier, le Noorderlicht, qui mouille chaque soir au fond d'un fjord nouveau, au pied d'une montagne nouvelle. Au matin, on rejoint la côte en zodiac, on chausse les peaux, on monte ; la descente s'arrête là où commence la banquise. Reste à savoir comment s'organise un tel voyage, ce qu'il demande et quand y aller.
Une île au seuil du pôle
D'abord, deux mots qu'on confond souvent, et qui ne disent pas la même chose. Le Svalbard, c'est l'archipel tout entier, à mi-chemin entre le cap Nord et le pôle ; le Spitzberg (Spitsbergen), c'est son île principale, la seule qui compte vraiment pour le skieur. On navigue dans le Svalbard ; on skie sur le Spitzberg. La nuance n'a rien d'un détail pour qui connaît l'Arctique — l'archipel norvégien du Svalbard couvre des milliers de kilomètres carrés de fjords et de glaciers, et le Spitzberg en concentre l'essentiel des sommets.
Ici, la montagne sort directement de la mer. Des sommets coupants — c'est ce que veut dire « Spitsbergen », les monts pointus —, des glaciers qui descendent jusqu'à l'eau, des faces qui n'attendent personne. Aucune station, aucun télésiège, aucun parking à l'altitude duquel on s'arrêterait. La pente file du sommet jusqu'aux galets gelés du rivage, et il n'y a souvent qu'une trace : la vôtre.

Le bateau pour camp de base
C'est là que tout change par rapport au ski de rando classique. On ne dort pas dans un refuge ni dans un lodge — on dort à bord. Le Noorderlicht est une goélette à deux mâts, coque acier, construite en 1910 et regréée au début des années 1990, longue d'environ 46 m. Une douzaine de skieurs, l'équipage, les guides : tout le monde tient à bord, dans le ronflement du poêle et l'odeur de sel.
L'avantage est concret, pas romantique. Quand un fjord ne donne rien — trop de vent, mauvaise neige, glace qui bloque l'approche —, on lève l'ancre et on va voir ailleurs. Le bateau suit la neige, au lieu de l'inverse. De Longyearbyen, on remonte vers le nord-ouest : l'Isfjorden, puis les côtes de l'île du Prince-Charles, le St. Jonsfjorden, jusqu'aux abords de Ny-Ålesund. Une zone le matin, une autre l'après-midi, selon ce que la glace permet. C'est l'esprit même du ski-voile, qu'on retrouve plus à l'ouest sur notre expédition ski & voile au Groenland : le camp de base flottant ouvre un terrain qu'aucune base fixe n'atteindra jamais.
Du pont à la peau de phoque
La journée ne commence pas par un réveil au cordeau, mais par la fenêtre du carré. On lit la lumière, l'état de la mer, le fond du fjord où l'on a mouillé. À grands traits, voici comment elle passe.
Au petit matin, briefing à bord : neige, vent, exposition, manteau neigeux, choix de la montagne du jour. La météo et la glace décident ; les guides décident du moment juste.
L'approche se fait en zodiac, du bateau jusqu'à la côte. On débarque sur la grève ou sur un névé, sac sur le dos.
La montée se fait en peaux, conversions et dévers, quatre à six heures jusqu'au sommet — le plus souvent vierge.
La descente plonge sur une neige de printemps, de la croupe effilée à la grande face, souvent jusqu'à la mer. Dénivelés de 700 à plus de 1 000 m.
Le soir, le voilier reprend sa route vers le prochain mouillage. Table soignée, récits du jour, et la lumière qui ne s'éteint plus.
On part quand la neige le permet, on rentre quand la lumière le décide. En mai, elle ne décide plus rien : sous le soleil de minuit, on peut skier tard dans une nuit qui n'en est pas une. Cet accès par la mer, et seulement par la mer, rapproche le Spitzberg d'un autre grand terrain arctique — celui du ski de rando dans les îles Lofoten, où la montagne tombe elle aussi droit dans le fjord.
Le ski-voile, c'est l'autonomie totale d'un camp de base qui se déplace : on va skier là où aucune base à terre ne mène, on se réveille chaque matin au pied d'une montagne nouvelle, et la descente s'arrête à l'eau.
EN BREF — le ski-voile au Spitzberg Région · île du Spitzberg, archipel du Svalbard, 78° Nord Port de départ · Longyearbyen Saison · fenêtre de fin avril à fin mai ; notre départ a lieu fin mai (une fois par saison), au soleil de minuit Durée · 8 jours / 7 nuits, dont 6 jours de ski Itinéraire · de Longyearbyen vers Ny-Ålesund, via l'Isfjorden et le St. Jonsfjorden Niveau · bon skieur, autonome hors-piste, à l'aise sur toute neige (ski 3/5, physique 3/5) Dénivelé · 800 à 1 100 m de montée en peaux par jour ; descentes de 700 à plus de 1 000 m Accès · approche en zodiac depuis le bateau, puis ski de rando en peaux Camp de base · la goélette Noorderlicht, privatisée pour le groupe Groupe · 12 skieurs au maximum, en 2 groupes de 6, 2 guides de haute montagne par groupe Sécurité · sac airbag, DVA, pelle & sonde, briefing quotidien, veille ours assurée par le guide Prix indicatif · 9 500 € par personne (hors transport aérien) Voyage PowderWeGo · Ski-voile Svalbard
Le niveau de ski
Disons-le franchement : ce voyage demande un bon skieur autonome en hors-piste, à l'aise sur une neige qui se transforme d'heure en heure. Pas un compétiteur. Un skieur solide, qui tient une descente engagée aussi bien sur une croupe effilée que sur une grande face, et qui remet ça le lendemain, six jours d'affilée.
Côté souffle, la montée en peaux se compte en heures, pas en minutes : quatre à six heures d'ascension, 800 à 1 100 m de dénivelé chaque jour. Les conversions dans le raide, les dévers, un portage de temps en temps quand la neige manque sur la grève. Le geste de la montée s'apprend vite ; l'endurance et l'aisance en descente — tenir la carre sur la neige dure du matin, enrouler de longues courbes l'après-midi — beaucoup moins. C'est sur elles qu'il faut arriver prêt. À titre de repère, c'est le même engagement que sur notre héli-rando au Tröllaskagi, en Islande : le bon skieur autonome, sans plus.
La bonne saison, et le soleil qui ne se couche plus
La fenêtre du ski-voile au Svalbard est courte et nette : de fin avril à fin mai. Plus tôt, la nuit polaire pèse encore et la mer reste prise ; plus tard, la neige s'affaisse et les fjords s'ouvrent. Le cœur de saison tombe en mai, quand les jours ont déjà avalé la nuit — et c'est là, fin mai, que part notre unique expédition de la saison, pour la neige la plus stable et la lumière la plus longue.
Fin avril : conditions encore hivernales, neige froide, journées longues mais nuit qui revient quelques heures.
Mai : la haute saison. La neige de printemps se stabilise — sèche le matin, transformée en moquette l'après-midi, au gré du regel. C'est aussi le règne du soleil de minuit, propre aux latitudes arctiques : par 78° Nord, l'astre ne passe plus sous l'horizon, et la lumière reste accrochée au ciel toute la nuit.
Une constante, ici : la météo arctique tourne vite, et la glace impose sa loi. Vent, ciel bas, dérive des glaces — le programme se cale au matin, et c'est tout l'intérêt d'un camp de base qui flotte : on déplace le bateau plutôt que de subir. Programme indicatif, donc, selon la neige, la glace et le ciel. Pour préparer son voyage, on consulte utilement le portail officiel de tourisme du Svalbard.
La sécurité, au bout du monde
Personne ne vous vendra du « sans risque » par 78° Nord. Le risque se gère, par le jugement et par les gestes, repris chaque matin sans jamais les survoler. Ici, il a deux visages : la neige, et l'ours.
Côté neige, la journée commence par la lecture des conditions et le briefing à bord : manteau neigeux, exposition, vent, on guette la couche fragile qui pourrait lâcher sous une plaque. Chaque skieur porte son sac airbag, son DVA, sa pelle et sa sonde, et l'on contrôle le trio DVA-pelle-sonde avant de débarquer — à chaque fois, sans exception. L'itinéraire se décide le matin et se révise en cours de journée si la neige parle. Le groupe reste petit, encadré par des guides de haute montagne. Et l'on garde, toujours, le bon sens de renoncer : un sommet de moins vaut mieux qu'une décision de trop.
Côté ours, la règle est locale et ne se discute pas : hors des zones habitées, l'ours polaire est partout chez lui, et la réglementation du Svalbard impose une protection armée du groupe à terre. Le guide assure cette veille, sobrement, comme une partie du métier — un fusil qu'on espère ne jamais sortir, et qu'on emporte quand même. On ne promet jamais le risque zéro. On promet un encadrement professionnel, une lecture honnête de la neige et de la glace, et des journées construites autour de ce que l'Arctique accepte ce jour-là.
Le mot du fondateur — Boris Malesset Ce qui me reste du Spitzberg, ce n'est pas un sommet en particulier — c'est le soir, à bord. On a skié jusqu'à la mer, on remonte à bord en zodiac, on lève l'ancre, et la goélette part chercher le fjord du lendemain pendant qu'on dîne. Dehors, il fait jour à minuit. La première fois, j'ai mis deux jours à m'habituer à cette lumière qui ne tombe jamais — et le reste de l'année à vouloir y retourner. Professionnel du ski hors-piste depuis 2001, je n'ai pas trouvé beaucoup d'endroits qui donnent autant le sentiment d'être au bout de la carte. Nous serons à vos côtés, du premier échange à la dernière descente.
FAQ — ski-voile au Spitzberg et au Svalbard
Quelle différence entre le Spitzberg et le Svalbard ?
Le Svalbard est l'archipel norvégien tout entier, au seuil du pôle Nord ; le Spitzberg (Spitsbergen) en est l'île principale, celle où l'on skie. On navigue dans le Svalbard et l'on skie sur le Spitzberg. Le port de départ, Longyearbyen, se trouve sur le Spitzberg.
À quelle période faut-il y aller ?
La fenêtre va de fin avril à fin mai ; notre unique expédition de la saison part fin mai, pour la neige de printemps la plus stable et le soleil de minuit qui, par 78° Nord, garde la lumière au ciel toute la nuit. La météo et la glace restent changeantes : le programme se cale au matin, selon la neige, la glace et le ciel.
Faut-il un gros niveau de ski ?
Un bon skieur autonome en hors-piste, à l'aise sur toute neige et capable d'enchaîner six jours de ski. Pas besoin d'être compétiteur, mais il faut tenir une descente engagée et fournir l'effort de la montée en peaux — quatre à six heures, 800 à 1 100 m par jour. Le terrain se choisit chaque jour selon le niveau du groupe.
Comment accède-t-on aux pentes depuis le bateau ?
Le matin, on rejoint la côte en zodiac depuis le Noorderlicht, on débarque sur la grève, puis on monte en peaux jusqu'au sommet. Pas d'hélicoptère : l'accès se gagne à la force des jambes. Le soir, on retrouve le bateau, qui rejoint le mouillage suivant.
Où dort-on pendant le séjour ?
À bord du Noorderlicht, une goélette à deux mâts d'environ 46 m, construite en 1910 et regréée au début des années 1990. Le bateau est privatisé pour le groupe — douze skieurs au maximum, en deux groupes de six, l'équipage et les guides — et change de fjord chaque jour. C'est le camp de base flottant.
Y a-t-il un risque d'ours polaire ?
L'ours polaire vit sur tout le Svalbard ; hors des zones habitées, la réglementation norvégienne impose une protection armée du groupe à terre. Le guide assure cette veille dans le cadre de l'encadrement. C'est une réalité de l'Arctique, gérée par des professionnels, pas une attraction.
Combien coûte le séjour ?
Notre ski-voile au Spitzberg est proposé à partir de 9 500 € par personne, hors transport aérien : navire privatisé, pension complète à bord, encadrement et logistique inclus. Une seule expédition par saison ; les dates et le détail des prestations se précisent au contact.
Skier le Spitzberg, avec nous
Ce terrain est au cœur de notre voyage Ski-voile Svalbard, à bord de la goélette Noorderlicht. Un camp de base flottant qui suit la neige, des montées en peaux jusqu'aux sommets vierges, des descentes jusqu'à la mer — pour une douzaine de skieurs, une seule fois par saison. Les dates et le programme se construisent avec vous.
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