Aux Lofoten, on change de montagne tous les matins
- Boris Malesset

- il y a 13 heures
- 7 min de lecture
Ski safari — archipel des Lofoten, Norvège du Nord
Le premier matin, on chausse les pieds presque dans la mer. Le port de Svolvær sent le poisson séché et le gasoil des bateaux, la neige commence à cent mètres du rorbu où j'ai bu mon café, et devant nous une paroi grise et blanche monte droit vers le ciel. On colle les peaux, on part. Il n'y a pas de télésiège, pas de route qui grimpe, pas de glacier à contourner : juste une ligne qui s'élève depuis le bord du fjord jusqu'à un sommet qui, ici, dépasse rarement le millier de mètres. Et le soir, on redescendra cette même ligne — la totalité du dénivelé sous les skis, parce qu'on est parti de zéro.
C'est ça, les Lofoten. Un archipel posé autour du 68e parallèle, au-dessus du cercle polaire arctique, où les montagnes tombent directement dans la mer. Depuis que je fais du hors-piste — 2001, ça commence à compter — j'ai vu beaucoup de terrains. Celui-là, je le classe à part pour une raison simple : on n'y skie pas une montagne, on en skie une nouvelle chaque jour.

Le rorbu, le minibus, une île nouvelle chaque matin
Le principe du ski safari, c'est de ne pas s'installer au pied d'une seule montagne. On dort au même endroit toute la semaine — un lodge de rorbuer, ces cabanes de pêcheurs traditionnelles rendues au confort d'aujourd'hui, plantées au bord du fjord, chambres doubles — mais chaque matin on charge les skis dans le minibus privatisé pour la semaine, et on part ailleurs. Une autre île, un autre fjord, une autre face.
Les Lofoten sont un chapelet d'îles reliées par des routes et des ponts. C'est cette géographie qui rend le safari possible : le minibus nous dépose au bord d'un fjord le lundi, à l'entrée d'une vallée reculée le mardi, sur les hauteurs de Henningsvær le mercredi. On n'ouvre jamais deux fois la même carte. Selon la neige tombée dans la nuit, selon le vent, selon le bulletin, on décide le matin où l'on va — et c'est le luxe de rester à terre avec un véhicule à soi.
Le soir, on rentre. Table commune, produits norvégiens, un petit groupe qui refait la journée. Et sur le port, pour ceux qui veulent, un sauna flottant : on transpire au chaud en regardant le fjord noir, on sort, on recommence. Rituel norvégien, il fait partie du voyage autant que la montée du matin.

Les fjords, les peaux, les descentes qui filent jusqu'à la mer
Ce qui frappe quand on skie ici, c'est la lecture du relief. Pas de haute altitude, pas de plateau glaciaire : de la montagne rocheuse enneigée qui plonge dans l'océan. Le point culminant de l'archipel, le Higravstinden, dépasse tout juste les onze cents mètres. Autant dire que le vertige n'est pas au programme.
Et pourtant le dénivelé est bien là. Puisqu'on chausse quasiment au niveau de la mer, une montée en peaux de 700 à 1 000 mètres d'un seul tenant nous mène en général au sommet — et la descente nous ramène jusqu'au bord du fjord. La totalité de la hauteur, du premier au dernier virage. Ailleurs, on part souvent d'un parking à 1 500 mètres pour grignoter les 800 du haut ; ici, on prend tout.
La neige change avec la saison. En mars, on est encore en poudreuse d'hiver, froide et légère. En avril, la neige de printemps s'installe : elle transforme au soleil, on lit les orientations, on part tôt et on redescend avant que ça ne ramollisse trop. Les descentes filent souvent jusqu'à la mer. Et le plaisir, jour après jour, c'est d'enchaîner : Svolvær, Henningsvær, les vallées reculées du côté du Trollfjord, et de se dire chaque soir qu'on a skié un morceau de carte différent.

En mars, le soleil ne monte jamais haut
Il y a une chose que les photos ne rendent pas : la lumière. À ces latitudes, en fin d'hiver, le soleil reste bas très longtemps. Il rase l'horizon, allonge les ombres pendant des heures et pose sur la neige une couleur qui traîne du matin au soir. On monte dedans, on redescend dedans.
Le calendrier de la lumière, ici, mérite d'être dit honnêtement. Vers la mi-mars, jour et nuit s'équilibrent — une douzaine d'heures de clarté — et la lumière ne cesse de gagner ensuite, ce qui donne les longues journées d'avril. Les aurores boréales, elles, se voient de septembre à mars : en début de saison, il reste des nuits assez sombres pour qu'elles apparaissent au-dessus du rorbu. En avril, la lumière a déjà tout repris — on ne les verra pas, et je ne vends pas d'aurores en avril. Si les aurores comptent pour vous, visez mars.
Pour choisir le mois qui vous ressemble, j'ai détaillé ça ailleurs : quand partir skier dans le Grand Nord, mois par mois. Nos départs, eux, sont calés sur mars et avril.
Ce que la sécurité veut dire ici
On skie de la vraie montagne, en terrain d'avalanche. Le service norvégien d'alerte avalanche, Varsom / NVE, publie un bulletin quotidien pour la région « Lofoten og Vesterålen », du 1er décembre au 31 mai. On le lit chaque matin, il oriente le choix de la course avant même de monter dans le minibus.
Chaque skieur part avec le quatuor complet — DVA, pelle, sonde, sac airbag — fourni pour le séjour. Le groupe reste petit : six skieurs par guide, trois groupes au maximum sur la semaine. Ce n'est pas de la décoration : c'est ce qui permet de renoncer vite quand il faut, de changer de versant, de rentrer. Lire un bulletin, c'est aussi savoir faire demi-tour — j'en parle sans détour dans sécurité avalanche : lire et renoncer.

Le niveau de ski, sans arrondir les angles
Soyons clairs pour que personne ne se retrouve dépassé. Ici, pas de glacier, pas de terrain technique de crampons, pas de vertige d'altitude — on n'est pas dans l'alpinisme. En revanche il faut être bon skieur hors-piste, à l'aise en toutes neiges — poudreuse froide, neige de printemps lourde, croûte parfois — et avoir la condition physique pour avaler 700 à 1 000 mètres de montée en peaux dans la journée, plusieurs jours de suite.
Si vous descendez proprement une pente vierge et que la montée ne vous fait pas peur, vous êtes chez vous. Sinon, mieux vaut le savoir avant. J'ai écrit une page entière là-dessus, franche : le niveau de ski pour un ski aventure. Et si l'idée d'ouvrir soi-même ses descentes vous intrigue, voyez les vraies façons d'atteindre la neige vierge.
Tout ça se retrouve sur la page du séjour ski safari aux Lofoten : huit jours, six à sept jours de ski, tout le détail.
S'y rendre, en deux phrases
L'itinéraire du voyage passe par Oslo-Gardermoen, puis Bodø, puis Svolvær ; les aéroports locaux sont Svolvær (SVJ) et Leknes (LKN), et Harstad/Narvik-Evenes (EVE) est l'autre porte d'entrée, à environ 2 h 30 de route. Le détail des vols et des correspondances — horaires, escales, marges à prévoir — mérite son propre article : je le publierai bientôt ; pour les aéroports, la source officielle reste Avinor.

En bref
Où · Archipel des Lofoten, Norvège du Nord, 68e parallèle, au-dessus du cercle polaire
Format · Ski safari, base unique en rorbu au bord du fjord, minibus privatisé, une île différente chaque jour
Durée · 8 jours, dont 6 à 7 jours de ski
Saison · Février à avril, cœur en mars-avril ; départs PowderWeGo en mars et avril
Dénivelé · 700 à 1 000 m de montée en peaux dans la journée
Groupe · 6 skieurs par guide, trois groupes maximum
Niveau · Bon skieur hors-piste à l'aise en toutes neiges, condition physique correcte ; pas d'alpinisme, pas de glacier
Sécurité · Quatuor complet fourni : DVA, pelle, sonde, sac airbag ; bulletin Varsom quotidien
Questions qu'on me pose
Le meilleur moment pour partir ?
Entre février et avril, avec un cœur de saison en mars-avril. Nos départs sont en mars et en avril. Mars pour la poudreuse d'hiver et la chance de voir les aurores ; avril pour les longues journées et la neige de printemps. Le détail mois par mois est ici.
Le niveau de ski attendu
Bon skieur hors-piste, à l'aise dans toutes les neiges, avec la condition pour 700 à 1 000 mètres de montée en peaux par jour. On n'est pas dans l'alpinisme, mais ce n'est pas un premier hors-piste non plus.
Combien de dénivelé par jour ?
De 700 à 1 000 mètres de montée en peaux, en général d'un seul tenant, puisqu'on part quasiment du niveau de la mer et qu'on redescend jusqu'au bord du fjord.
Est-ce qu'on voit les aurores boréales ?
En mars, oui, c'est possible : il reste des nuits assez sombres. En avril, non — la lumière a déjà tout repris. Personne ne peut garantir une aurore, mais si elles comptent pour vous, choisissez mars.
Est-ce qu'on skie jusqu'à la mer ?
Oui, souvent. Comme on chausse quasiment au bord du fjord et qu'on redescend cette même ligne, les descentes filent régulièrement jusqu'à la mer.
Le mot de Boris. Les Lofoten, c'est le voyage que je propose à qui a déjà goûté au hors-piste et veut autre chose qu'une vallée où l'on tourne en rond. On rentre chaque soir dans la même cabane, on repart chaque matin ailleurs, et on ne se lasse jamais. Si vous voulez voir si le terrain vous correspond, écrivez-moi — on parle de votre niveau et du mois qui vous ira. Tout le séjour est sur cette page. — Boris Malesset, fondateur de PowderWeGo
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