Onsen à Hokkaidō : le bain brûlant dans la neige, après la poudreuse
- Boris Malesset

- 19 juil.
- 6 min de lecture
Il est cinq heures moins le quart et la lumière commence à peine à faiblir. Le dernier virage se joue dans une forêt de bouleaux, entre des troncs blancs qui montent tout droit dans une neige qui vole à hauteur de poitrine. On sort du bois, on déchausse, on souffle. La buée du souffle reste suspendue une seconde avant de disparaître. Le thermomètre de la voiture affiche moins onze. Les skis calés contre le mur, les gants encore raides de glace, on ne pense plus qu'à une chose : l'eau chaude.
C'est là que commence l'autre moitié d'une journée de ski à Hokkaido. Celle dont on parle peu, alors qu'elle vaut la descente.

Le corps qui fume, et cette envie d'eau brûlante
Il faut avoir eu froid pour comprendre ce que suit. Une journée entière de freeride à Hokkaido, c'est huit heures dehors dans un air qui pique, la neige qui tombe sans discontinuer, les cils qui givrent. Le froid n'est pas un désagrément ici : c'est lui qui garde la poudreuse sèche et légère, cet air sibérien qui traverse la mer du Japon et se charge d'humidité avant de venir buter sur les volcans de l'île. Le même froid qui fait le JAPOW fait aussi la joie du bain le soir. Les deux tiennent au même phénomène.
Car Hokkaido est une île volcanique. Les sommets qu'on skie — le Yotei, le Tokachidake, l'Asahidake — sont des volcans, et sous cette montagne, l'eau chauffe. Elle sourd partout, brûlante, chargée de minéraux. C'est ça, un onsen : une source d'eau chaude géothermique, une eau que la terre elle-même a réchauffée. Rien à voir avec un sento, le bain public urbain qu'on chauffe au réseau. L'onsen, c'est de l'eau de volcan.
Alors quand on skie au Japon, l'onsen après le ski n'est pas une option touristique. C'est la suite logique de la journée. On a passé la matinée à monter, l'après-midi à descendre, et le soir la montagne vous rend la pareille : elle vous chauffe l'eau.
Le rituel, appris en trois minutes et gardé pour la vie
La première fois, on hésite un peu. On regarde ce que font les autres. Et en trois minutes, tout est clair — parce que c'est simple, et parce que c'est beau.
On laisse les chaussures à l'entrée. Au vestiaire, on laisse tout, y compris le maillot : dans un onsen, on entre nu, et les bains sont presque toujours séparés, hommes d'un côté, femmes de l'autre. Ça surprend une seconde, puis on n'y pense plus — personne ne regarde personne, chacun est là pour la même chose.
Avant le grand bain, on s'installe un instant : un tabouret, une douchette, du savon. On s'assoit, on se lave entièrement, on se rince. C'est le cœur de l'affaire : on entre propre dans une eau qu'on partage. La petite serviette qu'on vous donne reste à portée mais ne touche jamais l'eau — on la pose sur un rocher, ou pliée sur la tête, comme font les habitués. Les cheveux longs se relèvent. On ne plonge pas la tête. Et voilà, c'est tout.
Ce n'est pas un examen. C'est une politesse, celle qu'on adopte comme on retire ses chaussures chez quelqu'un. L'office du tourisme japonais explique ces gestes très bien pour ceux qui veulent lire avant de partir, mais franchement, on apprend mieux sur place, en dix secondes d'observation.

Une question de tatouage
Un mot pour ceux que ça concerne, parce qu'on nous la pose souvent. Au Japon, le tatouage a longtemps été associé aux yakuza, et certains onsen les restreignent encore. Ce n'est pas un mur : beaucoup d'établissements sont tolérants, un patch couvrant suffit pour les petits motifs, et l'onsen privatif — le kashikiri, un bain qu'on réserve pour soi, en couple ou en famille — règle la question d'un coup. Personne ne rentre chez lui sans avoir goûté l'eau chaude d'Hokkaido pour cette raison-là. On s'arrange, toujours.
Rotenburo : dans l'eau pendant qu'il neige
Il y a l'onsen intérieur, et il y a le rotenburo — le bain en plein air. Et c'est celui-là qu'on vient chercher.
Imaginez. On est dans une eau autour de quarante degrés, adossé à une pierre. La vapeur monte droit devant le visage. Autour, la nuit tombe sur les bouleaux, et il neige. De gros flocons lents qui viennent se poser sur les épaules, sur les cheveux, et fondent aussitôt au contact de la peau chaude. On a les épaules dans le brûlant et le front dans le glacé. Ce contraste-là ne se raconte pas vraiment — il se vit une fois et ne se quitte plus.
Dans certains bains à ciel ouvert de la région de Niseko, on aperçoit même le Yotei au loin, ce cône presque parfait qu'on appelle le Fuji d'Hokkaido. On l'a peut-être skié le matin — sa montée en peaux jusqu'au sommet est l'une des plus belles de l'île — et le voilà qui veille sur le bain à la tombée du jour. Le sommet du matin, revu depuis l'eau du soir.
Hokkaido ne manque pas de coins réputés pour ça. Noboribetsu, la plus célèbre de l'île, tient sa vallée géothermique fumante qu'on surnomme la vallée de l'enfer. Jozankei, plus près de Sapporo, se love dans une gorge. La zone de Niseko a ses propres sources. On les cite comme des repères, pas comme un catalogue — l'important n'est pas l'adresse, c'est le geste de se glisser dans l'eau chaude après avoir eu froid toute la journée.

Le ryokan, le yukata, le dîner qui n'en finit pas
Après le bain, on ne redevient pas tout à fait la même personne. On flotte un peu. On enfile le yukata, ce kimono léger de coton que l'auberge fournit, et on regagne sa chambre.
Le ryokan, c'est l'auberge traditionnelle japonaise, et c'est le bon cadre pour un soir comme celui-là. Sol de tatami, l'odeur de paille tressée, et le futon qu'on déroulera plus tard à même le sol. Pas de superflu, tout le nécessaire. On s'assoit à même la natte, on ne sait plus si on a chaud ou si c'est le bain qui continue de travailler.
Puis vient le dîner. Souvent un kaiseki — une succession de petits plats de saison, apportés un à un, chacun composé comme un objet. Un poisson pêché le matin, des légumes de montagne, quelque chose de fermenté, un bouillon clair, une texture qu'on ne sait pas nommer. On mange lentement. On parle de la journée, du couloir qu'un tel a osé, de la neige qui n'a pas arrêté de tomber. Certains soirs, ce sera plutôt une izakaya de village, plus bruyante, plus arrosée, ramen et bière et éclats de rire — l'autre visage du soir japonais, tout aussi bon.
Et puis le silence. Il neige encore dehors. Demain, ça recommence.


Le ski et l'eau chaude, un seul et même voyage
C'est ce qu'on essaie de faire comprendre à ceux qui n'y sont jamais allés : à Hokkaido, on ne va pas skier et prendre des bains. On va vivre une journée entière, dont la descente n'est que la première moitié. Le froid qui fait la poudreuse est le froid qui rend le bain saisissant. La montagne volcanique qui vous offre ses pentes est celle qui chauffe l'eau du soir. Tout tient ensemble.
C'est pour ça que notre Ski Safari Hokkaido ne s'arrête pas au bas des pistes. Le cœur de saison — de la mi-janvier à la mi-février environ, quand ce froid stable venu de la mer du Japon nourrit la neige la plus sèche du monde — c'est aussi le moment où l'onsen prend tout son sens. On skie en petits groupes, avec un guide qui connaît le terrain, à un niveau accessible aux bons skieurs à l'aise dans la poudreuse. Et chaque soir, l'eau chaude, l'auberge, le dîner. Le kif complet de la journée, pas juste la descente.

Si l'idée d'enchaîner la poudreuse la plus légère du monde et le bain fumant dans la neige vous parle, tout commence par savoir où skier sur l'île et par rejoindre Niseko. Le froid d'Hokkaido, ce froid que suit de près l'agence météo japonaise, est votre allié : il fait la neige, et il fait le bain.
Pour caler des dates ou construire votre séjour, la page du Ski Safari Hokkaido donne le cadre, et l'on répond à toutes vos questions par ici. Le premier sommet, on le skie ensemble. Le second, on le savoure les épaules dans l'eau chaude.



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