Le mont Furano en ski de rando : une journée dans la poudreuse de Hokkaido
- Boris Malesset

- 4 juil.
- 6 min de lecture
On gare la voiture au bout de la route de Kamifurano, encore dans la nuit bleue du petit matin. Il fait moins quinze, l'air pique le nez, et les bouleaux du bas du versant sont déjà chargés de la neige de la veille. Le mont Furano n'a pas la renommée bruyante de Niseko, une heure et demie à l'ouest. C'est précisément pour ça qu'on vient : un versant de volcan, dans le massif du Tokachi, où l'on croise plus de traces de renard que de skieurs.
Ce carnet raconte une journée de ski de randonnée au mont Furano, telle qu'on la vit sur le terrain — la montée, le point haut de l'itinéraire, la descente dans la poudreuse — avec ce qu'il faut savoir avant de venir : la saison, le niveau, l'encadrement. Rien d'inventé, rien de survendu.

Furano, à l'écart de la foule
Hokkaido, l'île du nord du Japon, reçoit chaque hiver une quantité de neige que peu d'endroits au monde peuvent égaler. L'air sibérien traverse la mer du Japon, se charge d'humidité, et la lâche en flocons secs dès qu'il bute sur les reliefs de l'île. On l'appelle parfois japow — contraction de Japan et powder, la poudreuse japonaise. À Furano, elle tombe froide, légère, et souvent plusieurs jours d'affilée.
Le massif du Tokachi ferme l'horizon à l'est de la vallée de Furano. C'est un ensemble volcanique encore actif — le Tokachidake fume par intermittence — dont les versants boisés puis dégagés offrent un terrain de ski de rando franc et lisible. Le mont Furano en est l'un des sommets ; l'itinéraire que l'on skie ne monte pas jusqu'à sa pointe, mais s'arrête plus bas, sur un point haut du versant d'où la descente est déjà pleine et généreuse.
Organiser sa journée
Où poser ses affaires
La ville de Furano, dans la vallée, fait un excellent camp de base. On y trouve des logements de toutes sortes, des restaurants ouverts tard, et surtout la proximité des départs de rando du massif du Tokachi — comptez trente à quarante minutes de route jusqu'au parking de Kamifurano. Le village de Kamifurano lui-même, plus près de la montagne, permet de gagner du temps le matin si l'on préfère dormir au pied du versant.
La station de Furano, elle, sert surtout pour les jambes des premiers jours et pour les jours de mauvais temps : ses remontées donnent accès à de belles pentes sous les arbres quand la visibilité en altitude tombe à zéro. Mais le cœur du sujet, ici, c'est le hors-piste du Tokachi.
Ce qu'on emporte
Le ski de randonnée au mont Furano se pratique avec l'équipement classique du hors-piste engagé. On monte en peaux, on redescend dans la poudreuse ; entre les deux, il faut de quoi progresser et de quoi se secourir.
Skis de rando larges (autour de 100 à 115 mm au patin, pour flotter dans la neige profonde), fixations à insert, peaux, couteaux au cas où la trace durcit ;
Le trio de sécurité avalanche : DVA (détecteur de victimes d'avalanche), pelle et sonde — et surtout, savoir s'en servir ;
Sac airbag recommandé, vêtements chauds et secs (il fait très froid), thermos, et de quoi manger : les journées sont courtes en janvier.
La neige de Hokkaido est réputée froide et sèche : elle pardonne plus qu'une neige lourde ou une croûte des Alpes. Mais un versant de volcan reste un terrain d'avalanche. Avant de partir, on regarde la météo, on évalue le manteau neigeux, et on écoute ceux qui connaissent la montagne. Le Japon n'a pas de bulletin d'avalanche national aussi dense qu'en Europe : raison de plus pour ne pas s'y aventurer seul et sans lecture locale du terrain.
La journée, du bas à la descente

La montée en peaux
Du parking de Kamifurano, la trace part en peaux à travers une forêt de bouleaux clairsemés. La pente est régulière, jamais raide, et le rythme se cale vite : une conversion de temps à autre, le souffle qui trouve sa cadence, la neige qui crisse sous les skis. En une bonne heure, les arbres s'espacent et le versant s'ouvre.
Au-dessus de la forêt, le terrain change. On progresse sur une pente plus large, exposée au vent, où la neige alterne entre poudreuse intacte et zones travaillées par le vent. C'est là qu'il faut un œil : le vent charge certaines croupes, et une plaque peut s'y former. On lit la pente, on choisit sa ligne de montée, on garde les distances. Le point haut de l'itinéraire se gagne après deux à trois heures de montée selon la neige et la trace — bien en dessous de la pointe du Furanodake, mais suffisamment haut pour une descente pleine.

Le point haut, puis la descente
Au point haut, on déchausse les peaux, on souffle, on regarde. Par temps clair, le Tokachidake fume à main droite, et la vallée de Furano s'étale en contrebas sous une brume froide. On boit un thé, on vérifie les fixations, on retourne les sacs en mode descente. Puis on bascule.
La descente est ce qu'on est venu chercher. Le haut du versant se skie en longues courbes dans la neige froide, qui déjauge sous les skis et vole par-dessus les cuisses. Plus bas, on retrouve les bouleaux : le ski sous les arbres, slalom lent entre les troncs, dans une poudreuse qui reste légère jusqu'au parking. On enchaîne, on remonte parfois pour une deuxième descente si les conditions et l'horaire le permettent. C'est une neige qui donne envie de recommencer.
Après le ski
Autour de Furano
Le massif du Tokachi ne se résume pas au mont Furano. Les jours suivants, on peut aller voir du côté du Tokachidake ou de l'Asahidake, le plus haut sommet de Hokkaido, où d'autres versants et d'autres neiges attendent. Naviguer de secteur en secteur, en suivant la neige plutôt qu'en s'accrochant à un seul massif, c'est tout l'intérêt d'un séjour à Hokkaido — l'île en offre les distances.
Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la neige japonaise, on raconte ailleurs le ski de rando au mont Tokachidake et la poudreuse de Niseko au mont Annupuri — deux autres facettes du même hiver.
Le bain chaud, à la nuit
Après une journée à moins quinze, il y a peu de choses aussi justes qu'un onsen. Ces bains chauds naturels, alimentés par l'eau volcanique, sont partout dans la région. On y glisse le corps fatigué, la neige tombe dehors, la vapeur monte : c'est le vrai après-ski de Hokkaido, celui qu'on n'oublie pas de raconter au retour.

Y aller accompagné
Le mont Furano se skie loin des remontées et sans balisage. Le terrain est franc, mais c'est du hors-piste de volcan, avec ce que ça suppose de lecture de neige et de choix de ligne. On recommande vivement d'être accompagné d'un professionnel de la montagne — un moniteur spécialisé hors-piste ou un guide de haute montagne (UIAGM/IFMGA) selon le terrain du jour — qui connaît le secteur, lit le manteau neigeux et sait, certains jours, dire non.
Chez PowderWeGo, on organise des voyages de ski aventure à Hokkaido de bout en bout : l'encadrement, la logistique, le choix des versants au jour le jour selon la neige. On ne promet jamais le risque zéro — personne ne le peut en montagne — mais on met tout en œuvre pour que la seule chose qui reste en mémoire soit la descente. Pour construire votre séjour, parlons-en.


Questions fréquentes
L'itinéraire monte-t-il au sommet du Furanodake ?
Non. La trace de référence culmine sur un point haut du versant, bien en dessous de la pointe du Furanodake (1 912 m). La descente y est déjà pleine et généreuse ; on ne vise pas la cime, on vise la belle neige.
Faut-il être un bon skieur ?
Un bon niveau de skieur hors-piste, à l'aise dans la poudreuse et dans les pentes non damées, en montée comme en descente. Il n'est pas nécessaire d'être un alpiniste ; il faut savoir skier une journée entière en autonomie relative, en terrain d'aventure.
Quelle est la meilleure période ?
Le cœur de saison va de mi-janvier à mi-février, quand la neige de Hokkaido est la plus froide, la plus sèche et la plus abondante. Décembre et mars donnent de belles journées aussi, mais la fenêtre de la poudreuse la plus légère est celle-là.
Peut-on y aller seul ?
On ne le conseille pas. C'est du hors-piste de volcan, sans balisage et sans bulletin d'avalanche aussi dense qu'en Europe. Un professionnel qui connaît le secteur change tout — pour la sécurité comme pour trouver la meilleure neige du jour.



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